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Déc 15th

Pourquoi, d’où, comment

Posted by with 8 Comments

Notez que cet article a été rédigé il y a un mois et des poussières, la construction du site Internet n’étant pas aussi rapide que les doigts de Mitche…

 

Ça y est, c’est parti.  C’est étrange parce que je ne me sens pas prise à la gorge, je n’ai pas de papillons dans le ventre; je suis extrêmement calme, sûrement parce que je sais que je vais avoir du succès.  Trouvez moi vantarde, m’en fous.  J’aime bien mieux croire en moi à outrance que de douter de mes talents tout le temps.  Et peut-être parce que c’est seulement à partir de vendredi le 21 octobre 2011 que le resto sera à moi pour vrai.  J’imagine que je vais capoter quand je serai dans les rénovations et que janvier approchera… et encore plus quand je serai rendu à faire la mise en place pour le premier service!

 

Tout a commencé il y a de ça dix ans, quand j’ai commencé à travailler.  Dès ma première job, je me suis ramassée en restauration et après, il m’était impossible de changer de voie, j’aimais ça, cuisiner pour les autres, et je ne m’imaginais pas passer huit heures de mes journées à plier du linge dans un magasin ou vendre des trucs par téléphone.  J’ai déjà failli être décoratrice d’intérieur, et j’aurais été bonne en criss, mais la madame du magasin ne m’a pas choisie, ça devait paraître que je n’étais pas vraiment une décoratrice d’intérieur de métier, mais plutôt pour le fun.  Parfois, je me demande de quoi ont l’air mes vies parallèles… bref.  Je les ai presque toutes fait, les sortes de cuisines: un hôpital, une garderie, le Centre Bell, un petit resto de quartier, un gros traiteur, un petit traiteur, un café, un resto-bar, un resto populaire… name it.  J’en ai vécu, des histoires, dans ces cuisines, oh lala.  J’ai déjà travaillé avec le chef Gerry, ex-détenu qui se promenait en costume de chef même dans le métro (tellement pas hygiénique) juste pour que le monde le regarde et lui demande qu’est-ce qu’il fait dans la vie (euh, duh, c’est un fou), j’ai déjà eu une boss qui m’avait engueulée parce que je n’avais pas coupé les courgettes toutes pareilles : « L’UNIFORMITÉ C’EST NOTRE GAGE DE QUALITÉ »  qu’elle m’avait crié à l’oreille (et à ce moment j’ai décidé que moi, je n’allais pas virer folle avec ce genre de détail dans ma cuisine, c’est trèèès mauvais pour la santé mentale)… ou alors, la meilleure histoire de folie de cuisine que j’ai vécu est grandiose, elle mérite un paragraphe à elle seule.

C’était en 2005 environ, dans une cuisine faite en long comme un grand corridor, la moitié était la zone de service et l’autre, la zone de préparation.  Ceux en service avaient un intercom pour caller les items manquants à ceux qui étaient en train de faire la prep.  Moi j’étais là, à ma première journée de travail, depuis trois ou quatre heures seulement, occupée à défaire des jarrets de veau pour en faire de la rillette, perdue dans mes pensées, quand j’ai senti quelqu’un me donner un coup de coude sur le flanc.  Je me suis retournée, la chef était derrière moi, rouge de colère :

 

–       Ça fait cin’ minut’ que j’te d’mande la sauce citron dans l’intercom!

 

Je l’ai regardé avec des yeux de poisson rouge stupide; comment je pouvais savoir, moi, la nouvelle, c’est quoi cette sauce citron et où elle est?  Elle m’a pointé un bac légèrement surélevé dans un autre bac dans une échelle -il était pour moi évident qu’il y avait de la glace dans le premier bac pour refroidir la dite sauce citron, j’avais déjà vu ça.  Alors j’ai commencé doucement à sortir le bac en me demandant pourquoi qu’elle ne l’avait pas prit elle même puisqu’elle était maintenant rendue à côté, mais visiblement cette femme avait un problème de maladie mentale reliée au pouvoir quand elle a vociféré :

 

–       ATTENTIIIIOOON! Y’a de la glace qui fond dans le premier bac!!!!

 

Je lui ai tendu son bac toujours avec mes yeux de poisson rouge stupide, elle est retournée travailler en maugréant et avec de la fumée qui lui sortait des oreilles.  Dans une brume d’incompréhension, je suis retournée à mon poste, et j’ai entendu derrière moi un employé murmurer :

 

–       Criss de folle…

 

J’ai terminé très vite de défaire les jarrets de veau, je les ai mis au frigo, je suis allée au vestiaire me changer et j’ai foutu le camp.  Je suis restée là cinq heures en tout.  Malheureusement, c’est le genre d’ambiance qui se retrouve très souvent dans une cuisine.  C’est très malsain et je vois pas pourquoi ça existe, du monde comme ça.  Peut-être que l’année passée à la pastorale en 6e année juste parce que je voulais parler dans un micro m’a rentrée subtilement dans le cerveau, mais je pense qu’il est possible de vivre en respectant les autres, dans la vie de tous les jours, que tu sois patron ou employé. (fin de l’histoire et oh la belle morale)

 

Dès ma sortie de l’ITHQ, je me suis ramassée à m’occuper de la cuisine d’un bar, en tant que genre de chef,  et je dis genre de chef parce qu’on m’a donné tel menu à faire (aucune création) et que le gérant du bar m’avait obligée à prendre les contacts -de luxe- qu’il avait lui, et ça n’a pas été long que je grattais le cash que le bar faisait pour acheter mes matières premières et payer les salaires des employés de la cuisine, et non pas avec ce que la cuisine gagnait d’elle même, tout ça malgré mes protestations au big boss.  Tsé, le gérant de bar stupide qui n’a pas la notion de profits, celui là qui se vante de s’être fait déjà sucé par Angelina Jolie dans une limousine et qui te montre la recette de la moussaka italienne (j’me souviens pu du nom de cette affaire là, mais la différence avec la grecque c’est que les aubergines sont panées) comme s’il venait d’inventer le feu.  Personnellement, je suis plus du genre à checker les prix de tous les concurrents,  magasiner, aller chercher le meilleur à meilleur prix, faire des profits.  Et le big boss, en solution à ce problème, m’a transférée au bar et a engagé un mexicain pour s’occuper de la cuisine.  Le genre de big boss gâté pourri qui a eu le bar grâce à son père avocat et qui donne des drinks et de la bouffe à tous ses amis, qui les laisse descendre dans le bureau faire de la coke et qui couche avec toutes ses barmaid (même si l’une d’entre elles est sa blonde qui pleure en déboulant les escaliers parce que son chum la trompe avec ses collègues mais c’est tout ce qu’elle fait à propos de cette situation, pleurer et débouler les marches) et qui engage le genre de gars qui coupe du poulet cru sur son comptoir et qui fait une sandwich à la même place tout de suite après sans nettoyer ni son comptoir, ni son couteau,  celui là qui laisse pourrir des trucs dans la chambre froide et qui sert de la sauce tomate qui bouille même froide (ça, ça veut dire que c’est passé date en sacrament) juste parce que le mec, c’est le mari de sa nounou de quand il était jeune.  C’est là que je suis devenue une barmaid et que je me suis jurée de ne plus jamais travailler dans la cuisine de quiconque, même si je « perdais de l’expérience »; les gens me font trop chier.  C’est là aussi que j’ai appris quoi ne pas faire pour avoir une entreprise qui fonctionne, une belle ambiance dans l’équipe et surtout, des profits.  Si vous voulez la fin de cette histoire, le bar a fermé. Faillite.  J’étais partie depuis quelques mois quand c’est arrivé alors je n’ai pas vécu la noyade, je ne peux pas vous la raconter…

 

Donc, je me suis fait la promesse que je serais mon propre boss ou je ne travaillerais plus jamais dans ce domaine exigeant qu’est la restauration comme cuisinière.  Je ne vois pas la vie comme les autres.  Pour moi, travailler, c’est ta vie; c’est là où tu passes la majeure partie de ton temps, c’est ce qui te fait vivre, vibrer, c’est supposé te faire tripper autant que n’importe quel loisir, sinon plus.  Je n’ai aucune envie de me faire chier le cul par un chef stupide et borné comme un bouc (merci, chef folle, et tous les autres aussi), moi, je veux m’amuser.  Je crois que c’est très possible, s’amuser en travaillant ET être productif, je ne vois pas la raison d’avoir une ambiance négative qui plane au travail.  C’est pourquoi j’ai refusé de faire la formation supérieure en cuisine à l’ITHQ; aller me faire engueuler pendant trois mois en France par un chef siphonné n’était pas du tout dans mon programme de vie.  Pour ne pas perdre la main et me faire de l’argent on-the-side, j’ai créé un petit traiteur/ chef à domicile que je faisais à partir de chez moi -totalement illégale, mais je suis une personne très, très propre, et anyway, le traiteur portait mon nom, j’avais intérêt à ce que je serve du bon-frais-magique-extraordinairement-délicieux.  Un de mes proverbes favori est « ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse », voilà.  Jamais je ne servirais de la merde à personne.  Bref, j’étais heureuse de travailler à ma façon, dans ma cuisine, sans personne qui me dit de manière désagréable « c’est pas comme ça qu’on fait » et bla bla bla -si le résultat est le même, ta yeule, tsé- j’écoutais la musique de mon choix, je prenais des pauses quand je voulais.  Et mon salaire était fuck yeah plus hot que si j’avais travaillé le même temps dans une cuisine à douze piastres de l’heure -même avec un diplôme.  Comme dirait mon amoureux « si y’a pas de chemin, on va en fabriquer un ».   Dans mon cas, j’ai juste pris une voie différente que l’école persiste à t’apprendre : que tu dois passer quinze ans de ta vie à te faire gueuler dessus avant d’être chef.  C’est n’importe quoi.  Tu prends la voie que tu as envie, voilà tout.  Si tu y crois, tu vas y arriver, cheesy, mais oh combien vrai.

 

Ça y est, c’est parti.  Je serais chef propriétaire de mon premier restaurant, Le Chien Rose, situé à Ahunstic, à deux pas de chez moi.

 

Voici le journal de bord de mon aventure.

  1. Louise (belle-soeur de Nicole Bélanger)
    décembre 18, 2011at 16:16

    Bonjour Michelle,

    Je te souhaite tout le succès possible.

    Je m’arrêterai certainement un de ces jours en compagnie de Nicole & Gilles au Chien rose.

    Au plaisir de t’y rencontrer. . . .

    Reply
  2. Elaine Bissonnette
    décembre 24, 2011at 15:37

    Vous avez toute une histoire… J’ai bien hâte de voir ce que vous avez appris toute seule, sans école !

    A bientôt

    Reply
    • mitche_d
      janvier 17, 2012at 13:22

      Je suis allée à l’école… ITHQ en cuisine en 2005-2006, et service en 2008! 🙂

      Reply
  3. Wilfred Eilbert
    janvier 13, 2012at 09:07

    Il faut toujours me plus de trois semaines pour organiser un discours fantastique impromptue .

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  4. Recettes
    janvier 14, 2012at 09:04

    Ca à l’air top, il faut que j’essaye ca bientôt. Merci pour l’info.

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  5. Soldes été
    janvier 16, 2012at 09:34

    J’essaye de décorer moi même mon intérieur aussi et ton blog m’apporte pas mal d’idée. Cependant j’ai un petit budget alors je fais mes achats pendant les soldes et je bosse sur ma déco le reste de l’année. Bisous à vous, Laura.

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  6. demenagement pas cher
    janvier 17, 2012at 13:13

    Vos articles sont toujours très bien écrits. On apprécie.

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  7. déménagement pas cher
    janvier 20, 2012at 00:02

    Vos articles sont toujours très bien écrits. On apprécie. Bonne continuation !

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